Gullveig

Elle se souvient de la bataille
Première dans le monde
Gullveig
Ils l’immobilisèrent avec des lances
Et dans la halle de Hár
La  brûlèrent.
trois fois ils brûlèrent
trois fois née,
souvent, non rarement;
Mais elle vit encore

Heiðr on l’appelait
quand elle venait vers les maisons
völva, bonne prophétesse
instruite en sorcellerie
Le seið elle le connaissait,
Elle envoutait l’esprit joué
Elle était une odeur douce
Pour les mauvaises femmes.

Gullveig ne figure, sous ce nom en tout cas, que dans ces deux strophes de la Völuspá (str. 21 et 22). La voyante explique ici que les Ases (Hár est un autre nom d’Odin) tentent sans succès de tuer Gullveig. C’est ce geste qui provoquera la “première bataille au monde”, c’est-à-dire la guerre entre les Ases et les Vanes, qui est décrite dans les strophes suivantes et qui se terminera par un traité de paix, aucune des deux factions n’ayant réussi à vaincre par les armes. Bien que sa mise à mort ait échoué, on ne sait pas ce que Gullveig est devenue ensuite.

Etymologiquement, le nom Gullveig se décompose en Gull qui veut dire l’or en vieux norrois (et encore en islandais moderne d’ailleurs) et Veig. Veig a un sens plus variable; Il peut signifier “puissance, pouvoir”, ou bien “boisson forte, alcoolisée”,  ou “femme” ou parfois aussi “or”. Veig intervient également dans la composition de prénoms féminins du type Solveig. (Altnordisches Etymologisches Wörterbuch, Jan de Vries) Le dictionnaire de Cleasby Vigfusson donne, quant à lui, “boisson alcoolisée” en premier sens et “force, vigueur” en deuxième. (Dictionnaire en ligne ici )

Cet épisode a donné lieu à de nombreuses interprétations. Il a pu être vu comme une représentation d’un rite sacrificiel ou d’un processus alchimique de purification de l’or. Dans son “Dictionnary of Northern Mythology”, Rudolf Simek, à l’entrée Gullveig, cite ainsi les travaux de Heino Gehrts, “Die Gullveig-Mythe der Völuspá” ou de Fisher d’après Mullendorf.

Georges Dumézil, dans son essai “Tarpeia” le met en parallèle, suivant son point de vue comparatiste, avec le mythe romain de la guerre entre Sabins et Romains et la mise à mort de Tarpeia. Il explique à cette occasion, d’une part les raisons de l’acharnement des Ases sur Gullveig et d’autre part la signification de cet évènement par rapport à sa théorie des trois fonctions. Avant leur rencontre avec Gullveig, les Ases connaissaient et travaillaient l’or comme métal, source d’éclat et de pouvoir. Mais Gullveig, qui fait partie des Vanes, apporte la “fièvre” de l’or, son désir pressant vu comme une intoxication, ce qui justifie les tentatives de se débarrasser d’elle, représentant l’addiction. Par ailleurs la confrontation entre Odin (première fonction, de souveraineté, et droit) et Gullveig (troisième fonction de fécondité et richesse) ne peut trouver une issue viable que dans le compromis et la paix. (essai “Tarpeia” dans “Mythes et Dieux de la Scandinavie ancienne”, recueil de textes de Dumézil réalisé et présenté par FX Dillmann, NRF Gallimard)

A la suite de Gabriel Turville Petre, beaucoup de chercheurs (dont Simek) ont adopté l’idée que Gullveig pourrait être une représentation de Freyja arguant du fait que cette déesse montrerait un goût certain pour l’or, et ses capacités magiques correspondraient à la description de Gullveig/Heiðr dans la Völuspa. (Gabriel Turville Petre, Myth and religion of the north, p 159, accessible en ligne ).

Plus récemment, Lotte Motz a donné une interprétation différente. Selon elle, Gullveig personnifie l’hydromel, et en particulier l’hydromel de la poésie/magie, dans un mythe qui serait parallèle à celui qui fait intervenir Kvasir. Elle choisit de ne garder que le sens de “boisson” (alcoolisée) à “veig” et traduit donc Gullveig par “boisson d’or”. Le fait de la brûler représente les étapes de fabrication et fermentation de l’hydromel, qui est ensuite donné aux humains pour favoriser leur accès à l’inspiration magique ou poétique. Cet épisode est le dernier acte créateur des dieux, avec lui, tout est prêt pour que le destin se déroule jusqu’à son terme. (Lotte Motz: Gullveig’s Ordeal; a New Interpretation. Arkiv för nordisk filologi 108:80-92 disponible  en ligne là)

En dernier lieu, Jan de Vries a suggéré qu’un aspect de cette histoire pourrait être un conflit entre le pouvoir patriarcal des Ases et un comportement lié à une sexualité féminine vue comme débridée. (Jan de Vries, Völuspa str 21 und 22, Arkiv för nordisk filologi 77(1962) p 42 à 47, mentionné par Simek dans Dictionnary of Northern Mythology). De nos jours, ce dernier point remporte un certain succès dans une perspective féministe sur des sites contemporains néo-paiens. (Par exemple sur ce site)

Gullveig by Nata

L’image en en-tête est une illustration de Gullveig par Lorenz Frolich (1820-1908).
L’image de fin est une illustration de Gullveig par une artiste contemporaine, Natasa Ilincic. 
Son site web: http://natasailincic.com/
Sa page facebook: https://www.facebook.com/natasa.ilincic.art/

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